Delbrel

Rencontre de Dieu et solitude ( Fichier à télécharger )


Rencontre de Dieu et solitude (2 Rois 9)

Madeleine Delbrel – « Nous autres, gens des rues » Ed. du Seuil, 1966 P. 83-87

Recevoir dans notre vie le message évangélique, c’est laisser notre vie devenir au sens large et réel du mot : une vie religieuse, une vie référée, rattachée à Dieu.

La révélation essentielle de l’Evangile, c’est la présence dominante et envahissante de Dieu.  C’est un appel à rencontrer Dieu et Dieu ne se rencontre que dans la solitude.

A ceux qui vivent chez les hommes, il semblerait que cette solitude soit refusée.
Ce serait croire que nous précédons Dieu dans la solitude : c’est lui qui nous attend ; le trouver, c’est la trouver ; car la vraie solitude est esprit et toutes nos solitudes humaines ne sont que des acheminements relatifs vers la parfaite solitude qui est la foi.

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La vraie solitude, ce n’est pas l’absence des hommes, c’est la présence de Dieu.

Mettre sa vie en face à face avec Dieu, livrer sa vie à la notion de Dieu, c’est bondir dans une région où nous sommes faits solitaires… C’est la hauteur qui fait la solitude des montagnes et non le lieu où sont posées leurs bases.

Si le jaillissement de la présence de Dieu en nous s’exhausse dans le silence et la solitude, elle nous laisse posés, mêlés, radicalement unis à tous les hommes qui sont faits de la même terre que nous…
« Heureux celui qui reçoit la parole de Dieu et qui la garde. » (Lc 11,28)

Il n’y a pas de solitude sans le silence.  Le silence, c’est quelquefois se taire, mais le silence c’est toujours écouter.

Une absence de bruit qui serait vide de notre attention à la parole de Dieu ne serait plus du silence.

Une journée pleine de bruits et pleine de voix peut être une journée de silence si le bruit devient pour nous écho de la présence de Dieu.

Quand nous parlons de nous-mêmes et par nous-mêmes, nous sortons du silence.

Quand nous répétons avec nos lèvres les suggestions intimes de la parole de Dieu au fond de nous, nous laissons le silence intact.
Le silence n’aime pas la profusion de mots.

Nous savons parler ou nous taire, mais nous savons mal nous contenter des mots nécessaires.  Sans cesse nous oscillons entre un mutisme qui abîme la charité et une explosion de paroles qui déborde la vérité.
Le silence est charité et vérité.

Il répond à celui qui lui demande quelque chose, mais il ne donne que des mots chargés de vie.  Le silence, comme toutes les consignes de vie, nous conduit au don de nous-mêmes et non à une avarice déguisée.  Mais il nous garde rassemblés pour ce don.  On ne peut se donner quand on s’est gaspillé.  Les paroles vaines dont nous habillons nos pensées sont un constant gaspillage de nous-mêmes.

De toutes vos paroles, il vous sera demandé compte (Mt 12, 36-37)

De toutes celles qu’il fallait dire et que notre avarice aura gardées.

De toutes celles qu’il fallait taire et que notre prodigalité aura éparpillées aux quatre vents de notre fantaisie ou de nos nerfs…

Le silence n’est pas une évasion, mais rassemblement de nous-mêmes au creux de Dieu.

Le silence n’est pas une couleuvre que le moindre bruit fait fuir, c’est un aigle aux fortes ailes qui surplombe le brouhaha de la terre, des hommes et du vent.